Dans le cadre de sa semaine entreprise, Aix Marseille Université organisait une exposition de projets innovants aux Archives Départementales. L’occasion de découvrir un très original projet de réalité virtuelle, destiné à former les médecins à une situation particulièrement complexe, celle de l’annonce d’une mauvaise nouvelle.

ACORFORMed est mené par plusieurs laboratoires universitaires essentiellement marseillais et est soutenu par le CHU d’Angers ainsi que par l’Institut Paoli Calmettes. Pour former les médecins aux annonces difficiles, l’équipe a créé une chambre d’hôpital virtuelle accueillant une patiente, tout aussi virtuelle, venant de se faire opérer. Il va falloir lui expliquer non seulement qu’une complication est survenue lors de l’opération mais qu’il va lui falloir en subir une deuxième dans la journée.

Prêter attention aux gestes

Muni d’un casque de réalité virtuelle, le médecin va alors s’immerger dans cette situation et interagir avec la patiente. Il pourra non seulement converser avec elle mais aussi prêter attention à ses gestes (pouvant indiquer par exemple une douleur) tout en prenant conscience que lui aussi est observé. L’équipe en charge d’ACORFORMed compte en effet ajouter à son prototype une technologie de reconnaissance de mouvement, type Kinect, qui permettra à la patiente virtuelle de réagir en fonction des gestes du médecin.

« L’idée n’est surtout pas d’évaluer le médecin » m’a expliqué Grégoire de Montcheuil, ingénieur de recherche au CNRS LPL. « Aujourd’hui, un médecin apprend à annoncer une mauvaise nouvelle essentiellement via du compagnonnage, en accompagnant un autre médecin ayant à le faire, lors de son internat. Ce que nous lui proposons, c’est d’apprendre à vérifier qu’il a bien donné toutes les informations utiles à la patiente, que sa communication non-verbale a eu le bon impact, et, au final, que s’il a su annoncer la nouvelle avec compassion, elle acceptera la solution médicale proposée. »

Immersion 3D et retour de force

Ce qui est particulièrement intéressant chez ACORFORMed, c’est le champ des possibles que ce projet ouvre. Technologiquement d’abord : la réalité virtuelle avec casque n’est qu’un début. D’ores et déjà, le prototype est aussi testé au CAVE, la salle d’immersion 3D de l’université, à Luminy. Autre possibilité, en plus de détecter les mouvements via Kinect, ACORFORMed pourra aussi disposer d’un système de retour de force, permettant au médecin de manipuler la patiente virtuelle comme si elle était réelle.

Le projet étant mené par des labos s’intéressant au langage, ce sont surtout les interactions et les scenarii qui devraient évoluer. L’équipe voudrait ainsi aller au-delà de ce qu’elle appelle le « ping-pong verbal », avec une patiente capable, si elle trouve que le médecin parle trop longuement, de lui couper la parole. Et cette même patiente est amenée à changer. Aujourd’hui plutôt conciliante, quoi qu’inquiète, elle pourra demain devenir agressive, par exemple parce que cette fois une erreur médicale aura été commise.

Le prototype d’ACORFORMed devrait être bouclé à l’automne prochain. L’occasion de revenir sur le sujet avec une petite démo ?

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