Oui, un navire innavigable. Et qui plus est qui flottera très prochainement. A l’occasion de ses rencontres dédiées aux professionnels du risque, l’AMRAE avait réuni un joli panel pour discuter des risques numériques appliqués au transporte maritime. Soit une très belle opportunité pour parler technologie sous un prisme juridique et assurance qui en fait ressortir des enjeux plutôt originaux.

En premier lieu la dématérialisation. Julien Raynaut, directeur juridique Marine&Offshore de Bureau Veritas, a présenté le e-certificate, une solution récemment lancée par sa société pour numériser les certificats, documents indispensables à la résolution de tous les litiges en mer. Fini donc le papier : pour signer un document, un inspecteur n’aura plus qu’à apposer un sceau électronique ; le document, lui, sera accessible via un simple QR Code. Le tout étant garanti par un tiers de confiance, en l’occurrence CERT Europe.

Moins de fraude

Diminuer les volumes de papier à bord n’est en effet pas la raison d’être du e-certificate : « il existe avant tout comme un outil protégeant contre la fraude et les faux documents, en particulier grâce à l’action du tiers de confiance » a t-il précisé. Tout en reconnaissant qu’un tel système informatisé n’est pas totalement à l’abri d’un hacker.

Quitte à numériser une partie d’un navire, autant ne rien laisser de côté. Bureau Veritas s’est ainsi associé à Dassault Systèmes pour proposer son propre service de « jumeau numérique », du nom de Veristar. Ce procédé, de plus en plus courant dans nombre d’industries, permet de créer un double intégral d’un équipement aussi complexe ici qu’un navire marchand, et d’actualiser ce double en continu à partir des données collectées sur le navire réel. Principale application : la maintenance prédictive, qui permet d’anticiper les pannes avant qu’elles aient lieu.

Vers les navires autonomes

Et puisqu’on parle numérisation des navires, on pouvait aussi parler numérisation des navigants. Même si certains armateurs ne sont pas demandeurs, les navires autonomes seront prochainement une réalité avec laquelle il faudra compter et qui pose de nombreux problèmes aux juristes. « Le droit maritime est actuellement basé sur le capitaine » expliquait Julien Raynaut. « Qu’est-ce qu’il se passerait par exemple si un navire sans équipage se retrouvait à proximité d’un navire, avec équipage, en perdition et ne s’arrêtait pas ? ».

D’ici très peu, il faudra trouver des réponses à ses questions. Dès 2018 naviguera sur les eaux norvégiennes le Yara Birkeland, un porte-conteneur intégralement autonome. En 2018 et 2019, il disposera d’un équipage, mais qui ne servira qu’à de la supervision, avant de disparaître définitivement en 2020. Une absence de navigants à bord qui le fait qualifier par Pascal Matthey, senior marine risk engineer chez l’assureur XL Catlin, d’ « innavigable donc inassurable ».

On pourrait pourtant imaginer qu’un système totalement automatisé tranquilliserait les assureurs, ainsi à l’abri des erreurs humaines. Sauf que, comme l’expliquait Pascal Matthey, « on ne dispose pas de statistiques sur le nombre d’accidents évités par les hommes ».

[English article: E-Fraud, Twin and Unseaworthy Ship: Welcome to the Maritime Transport of Tomorrow]

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